L’inclusion n’est pas une note secondaire, c’est une stratégie
Au Tchad et au Niger, trois Volontaires des Nations Unies nationaux changent la donne en matière d'inclusion, en la vivant
Rencontrez Kadiatou Moumouni, Damba Kalki Zoua et Bekoutou Junior Masra. Ils participent à une initiative audacieuse qui place des Volontaires des Nations Unies en situation de handicap dans les bureaux des coordonnateurs résidents en Afrique de l'Ouest et du Centre. L'idée est simple mais efficace : pour bâtir un système inclusif, il faut commencer par inclure ceux qui connaissent l'exclusion.
Au Niger, Kadiatou Moumouni est plus qu'une Volontaire des Nations Unies ; elle contribue à définir la nouvelle norme au sein du système des Nations Unies : l'inclusion. Au Bureau du Coordonnateur résident (BCR), elle met en relation le gouvernement, les agences des Nations Unies et la société civile afin de défendre l'égalité des sexes, les droits humains et l'inclusion des personnes handicapées. L'une de ses contributions les plus marquantes ? Une simple feuille de présence, repensée pour suivre la participation des personnes handicapées. « Ce changement nous a permis d'obtenir de meilleures données et de rendre visibles les voix invisibles. » Son action a également permis des améliorations, comme l'installation de rampes d'accès dans les bureaux du BCR et du PNUD.
J'ai rencontré de véritables obstacles, physiques certes, mais aussi un manque de compréhension de ce que signifie réellement le handicap. C'est pourquoi l'inclusion ne peut pas être théorique. Elle doit tout façonner : les infrastructures, les données et les mentalités.
En tant que représentante du Niger au comité technique du Fonds des femmes pour la paix et l'action humanitaire, elle veille à ce que les questions de genre et de handicap soient prises en compte dans chaque décision de financement. « Son engagement a transformé notre façon d'agir sur le terrain », a déclaré Mama Keita, Coordonnatrice résidente des Nations Unies. « Kadiatou a contribué à faire progresser le programme d'inclusion au sein du système des Nations Unies ici. »

Kadiatou Moumouni, Volontaire des Nations Unies, Chargée de l'inclusion des personnes handicapées auprès du Bureau régional de l'ONU au Niger. @ VNU, 2025
Au Tchad, Damba Kalki Zoua est analyste de données au RCO et travaille en coulisses sur les projets du Fonds pour la consolidation de la paix : il suit les indicateurs, analyse les tendances et s'assure que les décisions sont étayées par des preuves.
Mais pour Damba, les données ne sont pas que des données. « Au lycée, j'ai perdu une année entière parce qu'on ne m'a pas autorisé à passer un examen technique, simplement à cause de mon handicap », a-t-il déclaré. « Cette expérience a façonné toute ma vision des choses. Elle m'a donné envie de créer des systèmes où personne n'est exclu en raison de perceptions ou de préjugés. » Ce vécu guide désormais son travail.
« Quand on vit certaines réalités, on ne les oublie pas lorsqu'on examine les chiffres. Ce contexte est important. L'inclusion ne devrait pas dépendre de la chance ou de la bonne volonté. Elle devrait être la norme. »

Damba Kalki Zoua, Volontaire des Nations Unies chargée de l'inclusion des personnes handicapées au sein du RCO au Tchad. @ Programme VNU, 2025.
Toujours au Tchad, Bekoutou Junior Masra veille à ce que les efforts de consolidation de la paix ne passent pas inaperçus. De la création de contenu numérique à la participation aux réunions de haut niveau des équipes de pays des Nations Unies, il est la voix qui assure la visibilité du Fonds pour la consolidation de la paix. Mais la visibilité ne se limite pas à la communication.
Être la seule personne dans une salle avec un handicap visible engendre des préjugés et des attentes. Je choisis de répondre en contribuant de manière claire, cohérente et ciblée.
Bekoutou ajoute : « Ici, on ne me considère pas à travers mon handicap. On me considère à travers ce que j'apporte à l'équipe. Peu de personnes de mon âge ont la chance de s'asseoir à la table du coordinateur résident chaque semaine », ajoute-t-il. « C'est une responsabilité que je prends très au sérieux. »
L'initiative « Promouvoir l'inclusion du handicap avec les bureaux de coordination des réfugiés » concrétise le concept d'inclusion. En plaçant des Volontaires nationaux des Nations Unies en situation de handicap à des postes clés dans neuf bureaux de coordination des réfugiés, l'initiative garantit que les personnes ayant une expérience vécue ne sont pas seulement représentées, mais intégrées à la coordination.
L’objectif ? L’inclusion par la conception , et non par l’exception.
Les bénévoles de cette initiative travaillent sur :
• Communication et visibilité
• Collecte et analyse de données
• Suivi, rapports et produits de connaissance
• Égalité des sexes et droits de l'homme