Quand l’entre-récoltes devient survie
Maradi, Niger
Chaque année, entre la fin des réserves des récoltes passées et l’arrivée des prochaines moissons, certaines familles nigériennes font face à une période de plus grande vulnérabilité à l’insécurité alimentaire. C’est un temps de grande fragilité, où les greniers sont vides, les prix des denrées alimentaires augmentent, et les mères des familles vulnérables n’ont souvent plus rien à mettre dans les marmites. Dans ce contexte, l’assistance alimentaire et nutritionnelle du Programme Alimentaire Mondial (PAM) en appui au programme de l’Etat et de ses partenaires joue un rôle vital et fait la différence.
Des défis qui s’accumulent : faim, ennemis de culture et insécurité…
Amou Chaibou, 35 ans, vit dans le village de Katatouma Rigia Oubandawaki, dans la région de Maradi. Mère de six enfants, elle fait face à une réalité de plus en plus dure. « Pendant cette période, nos réserves sont épuisées. Nous avons même vendu nos animaux pour pouvoir manger. » Mais la faim n’est pas la seule menace. L’insécurité pèse lourd sur les communautés rurales.
« Les bandits ne nous laissent aucun répit. Ils enlèvent des proches et réclament des rançons. Tout le village doit cotiser pour libérer la personne. »
Comme beaucoup de femmes, Amou tente de faire face en ramassant du bois ou en effectuant des petits travaux. Mais cela ne suffit pas.
« Grâce au PAM, nous avons reçu du riz, du niébé et de l’huile. Nous sommes rassasiés, nous avons repris des forces. Même nos enfants retrouvent une bonne forme. » Elle évoque aussi les récoltes désastreuses de l’année précédente, causées par des infestations de chenilles :
« L’an dernier, elles ont détruit mon champ. Au lieu de 20 bottes de mil, je n’en ai récolté que cinq. »
Des mères en première ligne
Le cas d’Amou n’est pas isolé. Koulou Issoufou, 40 ans, est handicapée et mère de 12 enfants. Son mari, également en situation de handicap et âgé, ne peut plus travailler.
« Sans l’aide du PAM, nous ne pourrions pas survivre. Avant, je cultivais la terre et je faisais de l’élevage, mais aujourd’hui, je ne peux plus. » Son mari, Issoufou, septuagénaire, nous fait part de son soulagement lorsque Koulou est rentrée avec les vivres :
« Il ne restait plus rien dans le grenier ce matin-là. Les enfants et moi attendions, espérant que quelque chose arriverait. » nous confia-t-il avec un large sourire.
Il faut rappeler que le Niger fait face à une situation alimentaire difficile avec 2,2 millions de personnes identifiées en insécurité alimentaire aiguë à travers l’analyse nationale du Cadre Harmonisé conduite sous le lead du Gouvernement. Dans un contexte de changements climatiques, de récoltes insuffisantes, et d’instabilité économique, le PAM, en coordination avec les autorités nationales, reste un pilier d’assistance pour les populations les plus vulnérables.
Cependant les ressources financières sont limitées face aux besoins de plus en plus croissants, et le PAM a dû faire des choix difficiles : Prévu pour soutenir 475 000 personnes en 2025 pour son assistance d’urgence aux personnes vulnérables, le PAM a dû réduire ce nombre à 300 000 personnes, soit une réduction de 37%. Au niveau national, 1,8 millions de personnes sont restées sans assistance de juin à juillet et 700 mille personnes ne sont pas couvertes en août.
Derrière ces chiffres, ce sont des mères qui ont attendu en vain, des enfants qui se sont endormis le ventre vide, et des villages entiers qui ont été confrontés à l’absence de cette aide qui, pour beaucoup, représente le seul filet de sécurité.
« On nous a dit que cette année, le PAM ne pourrait pas venir ici… Alors on s’est débrouillés comme on a pu. Mais ce n’est pas pareil. » nous confie Malam Idi, un père de famille à Guidan Roumdji.
Pour le PAM, chaque réduction de cible est une décision lourde, un dilemme humain : aider moins de gens, ou aider tout le monde un peu, mais pas assez. Cette année, c’est la profondeur de l’aide qui a été maintenue — mais au prix de renoncer à des milliers d’autres personnes en attente.
Une solidarité internationale précieuse
Nous remercions la direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européenne (ECHO) pour son appui financier, qui a permis de renforcer la réponse humanitaire pendant la période de soudure, au bénéfice des ménages les plus vulnérables. Cet appui illustre la solidarité constante de l’Union européenne envers les populations du Niger.
Vers des solutions durables
« Nous espérons aussi bénéficier d’activités génératrices de revenus », dit Amou. « Car survivre ne suffit pas. Nous voulons reconstruire notre avenir. »
Cette approche combine secours immédiat et solutions durables, avec l’objectif que chaque communauté puisse reprendre le contrôle de son avenir. Au Niger, chaque sac de riz, chaque litre d’huile, chaque billet transféré à une mère de famille n’est pas seulement une aide alimentaire : c’est un acte de dignité, de résistance et d’espoir. Le PAM, sous le leadership du gouvernement, poursuit son engagement pour que chaque enfant puisse manger à sa faim, que chaque femme puisse cuisiner en paix, et que chaque village puisse se relever durablement.